Société

Attaque de Koutougou : De 5h du matin, c’est dans l’après-midi que les médias ont pu informer les populations

L’attaque terroriste lundi du détachement militaire de Koutougou a été d’abord largement relayée par la rumeur et les réseaux sociaux pendant plusieurs heures avant que les médias professionnels puissent donner les premières alertes. C’est la conséquence de l’application du nouveau code pénal promulgué la semaine dernière, et qui punit la divulgation de certaines informations liées aux actes de terrorisme.
Comment les rédactions ont vécu ce tout premier cas pratique sous la nouvelle loi?

L’attaque du détachement militaire de Koutougou a débuté autour de 5h du matin selon plusieurs sources. Mais il va falloir attendre l’après-midi pour voir le premier communiqué officiel, celui de l’Etat-major confirmant l’attaque, permettant ainsi à la plupart des médias de pouvoir envoyer les premières alertes. Les redactions avaient peur de tomber sous le coup de la nouvelle loi.

« On s’est contenté simplement au niveau de la radio Ouagafm de cette version officielle qui a été rendue publique qui nous a été envoyée par l’Etat-major général des armées. Nous n’avons pas pris le risque de remodifier ce communiqué même si certaines sources donnaient d’autres informations au risque de retrouver à justifier un bilan que nous n’avons pas établi nous-mêmes. C’est pour cela qu’on s’est contenté de cette information de l’Etat-major et pour ne pas être en porte-à-faux avec la nouvelle loi notamment le code pénal modifié », a dit Paul Miki Roamba, Directeur de la rédaction de Ouagafm.

Le site d’information en ligne Lefaso.net a voulu été aussi prudent.

« Cette fois-ci cela a pris plus de temps que prévu. Avec cette loi on ne sait pas à quoi s’en tenir. Certains spécialistes disent que la loi ne s’applique pas aux médias. La prudence ou une certaine peur a prévalu. Ce n’est pas seulement au détriment des médias ce sont aussi les citoyens en général qui ont droit à l’information, à la bonne information et à la vraie information. », a affirmé Cyriaque Paré le fondateur du média en ligne.

Clairement le nouveau code pénal est une restriction de la liberté d’information.

« Les forces de défense et de sécurité ont une communication. Cette communication ne saurait commander l’information publique, celle qui est donnée par les médias étant donné la différence d’objectif et la différence de nature entre ces deux corps. Il faut laisser les médias mener leur travail. Les limites qui leur sont fixées sont déjà connues. Il n’était pas nécessaire de faire cette modification du code pénal pour tenter de briguer totalement toute information concernant les opérations terroristes », a déploré Siaka Coulibaly, analyste politique.

Le nouveau code pénal punie la divulgation de certaines informations liées aux actes de terrorisme. Les quatre infractions de la nouvelle disposition sont punies chacune d’une peine d’emprisonnement de 1 à 10 ans et d’une amende de 300.000 à 2 millions de francs CFA. La peine peut aussi être lourde. Un emprisonnement de 5 à 10 ans et une amende de 5 millions à 10 millions de francs CFA.

Depuis lundi on l’a vu: L’application de la nouvelle loi semble avoir donné des ailes aux rumeurs et aux réseaux sociaux qui désormais en temps de crise terroriste, vont être les premières sources d’information de l’opinion nationale du Burkina.

Lamine Traoré

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