Santé

Vaincre le paludisme d’ici 2030 : l’espoir est permis !

Nous sommes en pleine de saison du paludisme, première cause de consultation, d’hospitalisation et de décès au Burkina : selon le Bulletin épidémiologique du Ministère de la santé, 1002 personnes sont mortes du paludisme au cours du 1er semestre 2018. Mais il y a de l’espoir car les méthodes simples fonctionnent. C’est ce dont nous parle Elise Cannuel dans son Bulletin de santé du 19 septembre.

Il y a de l’espoir sur le front de la lutte contre le paludisme. En avril dernier, il était question, dans ce Bulletin de santé, des dernières innovations contre le paludisme à l’échelle mondiale. Le 12 septembre, nous vous parlions de moustiques génétiquement modifiés. Soyons plus terre à terre dans cette chronique, avec ce qui fonctionne déjà au Burkina Faso, avec de bons résultats. Une chronique optimiste puisqu’il n’est pas impossible de vaincre le paludisme. D’abord il est vrai que les moustiques qui transmettent le paludisme deviennent résistants aux insecticides, y compris celui des moustiquaires imprégnées. Mais un nouveau produit a été testé avec succès. Le mois dernier, des scientifiques publiaient dans la revue The Lancet les résultats d’un essai clinique mené pendant deux ans dans 91 villages du Burkina. Ce n’est pas simplement l’habituel pyréthroïde qui a été utilisé sur les moustiquaires mais cet insecticide combiné au pyriproxyfène : il réduit à la fois la durée de vie des moustiques et leur capacité à se reproduire. Cette combinaison a permis, selon l’étude, une réduction de moitié de l’exposition aux moustiques et une réduction de moitié de l’anémie modérée chez l’enfant, une conséquence du paludisme. Durant la nuit, les moustiques se posent sur cette moustiquaire dite de deuxième génération et s’ils ne sont pas tués tout de suite, ils meurent rapidement et prolifèrent moins. Ce nouveau type de moustiquaire doit d’abord être étendu dans quatre régions du Burkina : la Boucle du Mouhoun, les Cascades, les Hauts Bassins et le Sud-Ouest.

Des médicaments préventifs distribués aux enfants dans la quasi-totalité du pays

Outre ces moustiquaires d’un nouveau genre, une autre source d’espoir est l’extension de la chimio- prévention du paludisme saisonnier. Elle concerne, cette année, 65 districts sanitaires. Depuis 2014, le Burkina Faso étend ce dispositif, suivant ainsi les recommandations de l’Organisation Mondiale de la Santé. Les enfants de 3 mois à 5 ans peuvent prendre gratuitement des médicaments, au centre de santé mais aussi à la maison, grâce aux agents de santé communautaire qui font du porte-à-porte. Au lancement de la campagne en juillet, l’objectif a été rappelé par le Ministère de la santé et ses partenaires : rien de moins que l’élimination du paludisme d’ici 2030.

Des méthodes simples qui fonctionnent bien

L’éradication du paludisme au Burkina d’ici 2030 est un objectif qui semble ambitieux, pour autant il est atteignable. Sur l’efficacité des méthodes simples de prévention, et particulièrement de l’usage des moustiquaires, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Nous avons analysé ceux de la dernière enquête sur les indicateurs du paludisme sortis en juillet dernier. Quelque 6300 ménages ont été enquêtés dans tout le Burkina, de novembre 2017 à mars 2018. Prenons les moyennes nationales, les chiffres du Sud-Ouest, région la plus touchée par le paludisme, et ceux de Ouagadougou. A l’échelle nationale, 54,4% des enfants avaient dormi sous moustiquaire la nuit précédant l’enquête. Ils étaient à peine 29% dans le Sud-Ouest et 60% dans la capitale. A l’échelle nationale, 20% environ des enfants enquêtés étaient positifs au paludisme après un test de diagnostic rapide, 32,4% dans le Sud-Ouest et seulement 4% à Ouaga. D’autres facteurs entrent en ligne de compte, comme la chimio-prévention dont on parlait à l’instant ou encore l’assainissement du milieu. Ouagadougou fait en tous cas figure de bon élève, avec l’accessibilité des services de santé et, de manière générale, les effets de la sensibilisation. Pour terminer cette série de chroniques sur la lutte contre le paludisme, nous dirons qu’il est effectivement possible de le vaincre au Burkina Faso, pour peu que les efforts soient maintenus et étendus, et que les populations adhèrent, coopèrent et s’approprient la lutte contre cette maladie qui menace toujours leurs enfants.

Suivez le Bulletin de santé d’Elise Cannuel chaque mercredi dans Oméga matin entre 6h30 et 7h et dans Oméga soir entre 18h30 et 19h.

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