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Burkina : vous avez dit campagne déguisée?

Depuis le lundi 03 août 2020, les médias burkinabè sont appelés par le Conseil supérieur de la communication (CSC) à se départir de toute forme de campagne déguisée. Et ce, en application de l’article 68 bis de la loi n°005-2015/CNT du 07 avril 2015, portant modification de la loi N°014-2001/AN portant code électoral interdisant la couverture médiatique de toute campagne électorale déguisée pendant les 90 jours précédant l’ouverture officielle de la campagne. Un article qui ne dit “rien” selon le vice-président du Conseil, Aziz Bamogo, reçu par nos confrères de Bf1. Un “rien” législatif qui pourtant infantilise les médias et surtout qui empêche tout discours médiatique éclairant sur ces élections ô combien importantes.
Une loi édictée dans le contexte post insurrection pour contrer sans doute certaines dérives à l’époque et qui ne devrait bénéficier aujourd’hui d’aucun lenga au regard du préjudice qu’elle cause aux médias, à la liberté de la presse et du coup au droit des citoyens à une information de qualité qui leur permette de s’orienter dans les dédales de la politique burkinabè rendue encore plus complexe et excitante à ce moment historique précis, où comme englué à la croisée des chemins, le pays doit se trouver une voie et balayer de sa route les obstacles appelés “terrorisme”, stigmatisation communautaire et autres.

En attendant, par campagne déguisée, le CSC entend “toute activité de soutien à un parti politique ou à un candidat, à un regroupement de partis politiques ou d’indépendants”.
En français du gendarme des médias burkinabè, les médias publics et privés ne doivent pas couvrir “toute activité au cours de laquelle les organisateurs, personnalités publiques ou non font des dons, inaugurent des édifices ou des ouvrages au bénéfice des populations, parrainent ou participent à des cérémonies, à des évènements coutumiers, religieux, culturels, sportifs, commerciaux ou toute autre activité susceptible de soutenir un candidat”. Une fatwa qui touche également toute production (émission, film, sketchs, …) mettant en scène un candidat ou un parti politique.
Pas de “votez pour moi” donc jusqu’à l’ouverture de la campagne à proprement parler.
Sauf que la mesure CSC qui fait encore débat dans les rédactions pour son application oublie deux canaux et non des moindres.

Le premier est l’affichage qui bien que considéré par les puristes comme un média relève au Burkina de l’apanage des publicitaires. Une pratique contagieuse qui semble avoir gagné presque toutes les officines politiques c’est “l’oubli de panneaux”. Oui, loin de ces partis l’idée de faire de la campagne déguisée, ils ont juste oublier d’enlever les panneaux géants dans la capitale annonçant l’investiture de leur candidat pourtant déjà passée. Ainsi vous avez des présidentiables grand format avec des slogans tels que “Tous en mouvement pour Roch”, “Ensemble avec Zéph”, “Pour un nouveau pacte social Eddie”. Est-ce qu’il y a plus campagne déguisée que ça?
Le second ce sont les réseaux sociaux. Juste une question : Et si pendant le silence médiatique sur les faits de campagne, comme par hasard, un candidat aux législatives a l’envie d’aller dans un grin de thé, siroter un “premier” et discuter de leur avenir avec des jeunes et en fait écho sur sa page sur Facebook repris par des dizaines d’autres abonnés, à qui enverrait-on la traditionnelle convocation CSC? A Marc Zuckerberg ou au candidat? Déjà la tutelle des réseaux sociaux n’est que partielle pour l’organe de régulation des médias.

Pourquoi alors ne triturer que les médias déjà sous l’épée de Damoclès des dispositions du nouveau Code pénal avec cette sagaie de la campagne déguisée?
C’est à se demander si ce n’est pas là une menace déguisée contre la liberté de presse.

Hyacinthe Sanou

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